Histoire de Loss, partie 2

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La partie 1 est ici.

5- L’Hégémonie (100, 450 AC)

 Pendant les siècles suivants commencèrent de grandes campagnes de Concilisiation où les Ordinatorii répandent leur Eglise par la foi, et la force. L’esclavagisme passa de simple coutume, à une forme d’art sacralisé. Son but premier, mettre sous contrôle les Chanteurs de Loss, deviendra une manne financière avec l’élaboration du Haut-Art, une technique de dressage et de conditionnement des esclaves efficace et pérenne, qui va donner naissances aux Esclaves des Plaisirs et même aux rares Languiren.

Le modèle de domination patriarcale, sexiste et autoritaire du Concile s’étendit partout. Le Dogme de l’Eglise devint alors un code de loi. Et qui résistait à la bonne parole de l’Eglise se faisait pacifier à grand coups de légions sur la tête. Celle-ci ainsi convertit une grande partie des lossyans, tout autour des Mers de la Séparation. De gré, ou de force.

Pendant trois siècles, l’Hégémonie consolida sous les étendards de l’anneau parfait, symbole de l’Eglise du Concile, son empire sur tout le nord des Mers de la Séparation : autour de Mares Alta, jusqu’à la totalité des Plaines d’Etéocle, et une partie des actuelles Cités-Unies.

La technique de conquête de l’entité unique que sont l’Hégémonie et l’Eglise du Concile était toujours la même. Cela se nomme Croisade, ou Pacification :

La Croisade est levée par les autorités de l’Eglise elle-même. Des légions formées de troupes Ordinatorii d’élite sont accompagnés d’auxiliaires : des contingents de combattants, le plus souvent, des aristocrates et leurs malheureux vassaux et serfs, venus des cités-états fidèles au Concile. La croisade alors sur une ville, ou une région, dont l’Eglise a décrété les mœurs blasphématoires, ou hérétiques.

C’est en résumé une guerre sainte qui souvent finit en massacre. Une fois une Croisade levée, rien ne peut l’arrêter. La ferveur religieuse qui la conduit ne connait aucune tempérance ou miséricorde. Et en fait aucune retenue ou sagesse non plus. Une Croisade ne cesse que quand la source (réelle ou présumée), de l’hérésie est anéantie, et toute résistance à lui faire obstacle vaincue.

Ou bien parce que -car c’est arrivé- l’Eglise a subi un tel revers, qu’elle ne peut plus engager d’effectifs pour prendre la relève. Et même l’Hégémonie a parfois renoncé à soutenir l’Eglise. Et les Ordinatorii (car toutes les légions et troupes Ordinatorii n’appartiennent pas à l’Eglise, nous en reparlerons) ont parfois été jusqu’à refuser les appels des prêtres et prophètes. Ce qui, bien sûr, s’est terminé en nettoyages politiques internes et dissensions meurtrières. Et comme nous l’avons fait remarquer, s’opposer frontalement à un prophète du Concile est une forme efficace et sanglante de suicide.

La Pacification est la façon hégémonienne de nommer une guerre d’expansion territoriale : à l’instar de la Rome Républicaine, Anqimenès envoie des légions faire valoir ses intérêts après d’une cité-état qui rechigne à se soumettre, ou accepter la tutelle de l’Hégémonie. Si, face à des troupes surentrainées, disciplinées, fanatisées et surarmées, la cité récalcitrante ne négocie pas sa reddition ou l’acceptation entière des conditions de tutelle commerciale et politique, les légions de l’Hégémonie écrasent simplement toute résistance, qu’elle soit réelle, ou potentielle. La cité vaincue est en générale mise à genoux, la majorité de ses hommes et femmes asservis, les enfants envoyés dans les orphelinats de l’Eglise pour devenir de bons petits Ordinatorii, et la ville et la région sont recolonisée par des citoyens de l’Hégémonie. C’est ce qu’ont subi une partie des Marches de Gennema, Allenys elle-même, et aussi plusieurs cités du nord des Plaines d’Etéocle.

Autant dire que quand des ennemis d’Anqiménès voyaient arriver les légions et leurs étendards, elles négociaient immédiatement, à quelque prix que ce fut. Il toujours moins cher qu’une guerre totale perdue d’avance.

Dans les deux cas, la puissance combinée de l’Hégémonie et de l’Eglise domina Loss, et imposa son empire et sa religion, peu ou prou partout. Pour un temps.

Les premiers ennuis vinrent du sud, après plus de quatre siècles de triomphe. Par delà les Plaines d’Etécole, plus précisément.

Et ce fut le premier revers massif de l’Hégémonie.

6- Les Apostats (450-550 AC)

 A l’origine les Apostats se confondent avec les nomades occupant l’isthme du nord-ouest des Franges : les Jemmaï. Farouchement attachés à leurs traditions tribales, et à une indépendance belliqueuse, ils ne furent jamais convertis. Dans sa conquête des provinces des Plaines d’Etéocle, les Ordinatorii poussèrent ces barbares hérétiques et primitifs de plus en plus loin. Jusqu’au sud-ouest, au point de les chasser dans le Rift, vers 380 AC.

Le Rift est l’endroit le plus isolé, désolé, hostile et inhospitalier de toutes les Mers de la Séparation : une immense mer intérieur en formation, qui n’est encore qu’un désert salé déchiré de crêtes et de massifs dénudés, descendant par endroits à plusieurs centaines de mètre sous le niveau marin. La série de failles est en train de couper le continent en deux ; c’est la plus active et la plus dangereuse zone volcanique de tout Loss. Un enfer, pour tout dire.

Cet enfer acquit vite la réputation, dès 350 AC, d’être le seul refuge pour qui voulait fuir l’Eglise du Concile. Armanth n’existait pas encore. Mais bien peu de gens osaient entreprendre un tel voyage. D’une part parce que les légendes entourant ce lieu sont à peine plus effrayante que sa réalité. Pouvoir survivre là-bas était connu comme terriblement difficile. D’autres part, parce qu’avec le temps, l’Athémaïs, l’Erebeïm et les Franges s’avérèrent plus accessibles, et plus attirants pour des réfugiés.

Les jemmaï avaient refondé, depuis quelques décennies, une nation tribale très solidaire, sur des terres arides et inhospitalières. L’adaptation à leur environnement avait pas mal changé ce peuple, et l’avait sérieusement endurci. Encore plus qu’il ne l’était déjà. Le Jemmaï-he’Jil accueillait donc les réfugiés venus de toutes les Mers de la Séparation, et au delà, qui devinrent leurs voisins : les fameux futurs Apostats.

Nous sommes en 450, et l’Eglise du Concile, appuyée par l’Hégémonie qui pense avoir une mainmise confortable sur l’immense territoire des Plaines d’Etéocle, veut détruire une fois pour tout le repère d’hérétiques qui s’est réfugié dans le Rift. Elle pense bien sûr aux jemmaï qui refusent toute conversion.

Une croisade fut donc lancée. Une grosse. Huit légions de l’Eglise, huit de l’Hégémonie, et cinq d’auxiliaires des cités d’Etéocle. Pratiquement cent-dix mille hommes, marchant sur les bordures nord du Rift, telle une démonstration majestueuse de puissance (histoire de bien impressionner les étéocliens), pour écraser les jemmaï.

Mais le souci avec vingt-et-une légions à déplacer, c’est que son intendance était pratiquement aussi gigantesque. La troupe était démesurée- presque 200 000 hommes, la taille d’une capitale lossyane- et devait pouvoir se rassembler dans une des plus hostiles régions des Mers de la Séparation, après avoir traversé toutes les Plaines d’Etéocle.

Et il fallait la nourrir.

Le sud de la province d’Etéocle était pour le moins « très relativement » pacifié. Les troubles et les soulèvements étaient encore monnaie courante ; les étéocliens, peu enthousiastes à leur envahisseur, eurent le malheur de mettre une évidente mauvaise volonté à fournir en vivres et en soutient la Croisade. Entre autres parce que les cités elle-même avaient un peu de mal à se nourrir.

Mal leur en prit. Car les exactions commencèrent à la méthode de l’Hégémonie, alors même que l’immense troupe n’était pas encore parvenue au sud. La croisade disposait pourtant du soutient d’un pont de ravitaillement depuis Anqimenès et le Ginnon ; une flotte conséquente, mais dépassée par les besoins.

Les jemmaï et leurs récents alliés, les réfugiés que l’on va connaitre sous le nom d’Apostats, profitèrent de la tension accrue par les exactions de la Croisade, avec une remarquable finesse politique. Ils n’eurent pas de mal avec l’aide de réfugiés de l’aristocratie et de l’élite intellectuelle étéoclienne, à convaincre les cités-états, sous le joug de la croisade qui allait les piller, de former une coalition. Et lui apportèrent leurs hommes, leurs armes, leur expérience de la guérilla et une autre arme, plus terrible encore, à sa manière : des Chanteurs de Loss.

Et la coalition réussit son coup : bloquer toutes les légions sur place, près des murs de Scarla, face au détroit des Céramides.

Pendant cent ans !

En fait, la Croisade ne put jamais mener à bien sa mission première. Elle passa un siècle à tenter de pacifier les cités-états des Plaines d’Etéocle, enflammées par des révoltes et des soulèvements encouragés par les Apostats. Harcelée par des alliés d’Etéocle des archipels de Terancha sur mer, soumise à des campagnes de guérilla des Apostats sur terre, subissant des raids de mercenaires dragensmanns qui s’en donnaient à cœur-joie, jamais les légions qui auraient du écraser les jemmaï et les Apostats ne purent dépasser le détroit des Céramides. L’ajout continuel de renforts, au point de commencer à épuiser les forces de l’Hégémonie, n’y changèrent rien. Ce ne furent que succession de guerres sanglantes, de trêves incertaines, de batailles, de soulèvement et de représailles. L’arme ultime des jemmai étaient leurs rares Chanteurs de Loss, dévastateurs, mais limités. Mais ils faisaient aussi usage d’innovations technologiques que les ordinatorii -qui rapidement eux aussi usèrent d’esclaves Chanteurs de Loss- tentaient de suivre tant bien que mal. On dit que c’est à cette époque que furent inventés les premiers moteurs à lévitation, et il est certain que le canon à impulsion fut découvert vers la fin du conflit, et employé en premier par les Apostats.

La Guerre des Apostats -que les étéocliens nomment La Guerre sans fin ni frontières– s’acheva par manque de combattant et un fléau, sur la première défaite de l’Hégémonie.

En 547 AC, une épidémie de rage, autrement plus mortelle et dangereuse que sa variante terrienne ravagea les Plaines d’Etéocle, décimant toute la population, les légions de la Croisade comprises. A bout de souffle -les Apostats n’avaient pas été épargnés non plus, mais avaient bien moins souffert- l’Hégémonie céda aux exigences des cités-états d’Etéocle, et se retira jusqu’au dessus de Nashera. Dans les siècles qui suivront, les étéocliens ne cesseront cependant jamais vraiment le conflit avec l’Hégémonie. Celle-ci, alors en pleine guerre avec l’Empire d’Hemlaris abandonnera le terrain, jusqu’au dessus du Ginnon dans ses frontières actuelles. Mais même de nos jours, l’influence de l’Hégémonie sur les Plaines d’Etéocle pèse encore lourd, et s’étends jusqu’à sa capitale, Nashera.

Cependant, l’histoire ne finit pas si bien pour les Apostats. Les Plaines d’Etéocle sont plutôt religieuses, et cessèrent totalement de collaborer ou échanger avec les Apostats, alors qu’eux-mêmes se radicalisaient et s’isolaient de plus en plus de leurs voisins, et de la civilisation de l’église du Concile. Les jemmaï eux-mêmes s’écartèrent de ce que devinrent les Apostats, et depuis 560 AC, nul ne les a revu, sauf dans quelques récits que tout le monde prends pour des fables. Des forts de légions Ordinatorii d’Etéocle gardent toujours les Céramides, mais aucune n’a jamais vu d’incursions venues du Rift, à part des bandes de pillards jemmaï.

Les Apostats sont devenus une légende. Une légende sinistre d’un peuple de déments et hérétiques pratiquant les plus terrifiantes expériences de sciences interdites, sans morale et sans lois, et ne respectant aucun dieu, ni aucune foi.

D’autre disent que, simplement, ils ont disparus et sont tous morts.

7- L’Empire de l’Hemlaris (550-982 AC)

Au nord-est des Mers de la Séparation se trouve, sous l’ombre de l’immense chaine de montagnes du Nevertguïkhana, l’Hemlaris, une vaste vallée, en partie désertique, mais dont les côtes luxuriantes foisonnent de richesses. C’est là qu’est bâtie la troisième plus grande ville de Loss, Cymiad, capitale de l’Empire de l’Hemlaris. A l’époque, c’était d’ailleurs la seconde plus grande cité de Loss. Armanth ne la détrônera que vers 900 AC.

L’Hégémonie n’aime pas la concurrence. Et Hemlaris est son seul rival au titre d’empire. L’Empire, converti depuis les débuts de l’Eglise, lui faisait obstacle dans la domination des Marches de Gennema, et l’Hégémonie décida d’appliquer sa méthode habituelle pour venir à bout de cette rivalité : pacifier tout le monde.

Face aux légions d’Anqiménès, celles de Cymiad, bien que largement inférieur en nombre, s’avérèrent plus motivées, et fanatisées encore. Un Guerrier de l’Empereur ne se rend jamais, la notion même de défaite sans mort lui est inconnue. Mais pas celle de ruse. Et leurs tactiques de combat monté mobile, plus leur refus de toute reddition, compensaient en grande partie leur infériorité numérique et matérielle.

L’Hégémonie ayant réussit tant bien que mal à conquérir les trois-quarts des Marches de Gennema, dut se rendre à l’évidence : elle n’irait pas plus loin sans appui. Et sans écraser l’Empire, celui-ci reviendrait tôt ou tard à la charge. Elle se tourna donc vers l’Eglise, histoire d’avoir ses renforts pour se lancer dans une conquête qui ne serait pas exactement facile. Entretemps, l’Eglise elle-même venait de renoncer à la Croisade contre les Apostats, et l’Hégémonie avait du céder le terrain devant la résistance des Plaines d’Etéocle et ses alliés. Non sans avoir quand même assuré sur la région une domination qui perdure encore solidement aujourd’hui.

Il y avait une très bonne raison pour l’Eglise du Concile de déclarer une Croisade -bien que si elle veut, elle en trouve toujours une bonne. L’Empereur de Cymiad est considéré comme divin, et porte donc, selon leurs croyances, le mandat de diriger donné par les Etres du Concile. Cette notion de mandat divin octroyé par le Concile lui-même aux dynasties des empereurs était une hérésie évidente : seuls les prophètes de l’Eglise peuvent s’en prétendre. Excuse trouvée.

Il y eu sept grandes guerres, chacune menée par une croisade de l’Eglise, avec en majorité des forces de l’Hégémonie, mais là encore des dizaines de milliers d’autres Ordinatorii des quatre coins des Mers de la Séparation. En cinq cent ans, les frontières entre l’Hemlaris et l’Hégémonie ne cessèrent jamais de fluctuer, et trois fois, Cymiad manqua tomber.

Tout se joua en 890 AC. La dernière croisade, la plus formidable de toutes, déplaça 190 000 Ordinatorii, et presque autant de troupes auxiliaires, et finit en un véritable bain de sang et la mise à sac de Cymiad. L’empereur fut capturé, et l’Eglise du Concile le fit exécuter avec toute sa famille (2200 personnes), en public, par la voie des thanataires. Entre la victoire quasi totale, et une telle démonstration de pouvoir, Anqimenès était sûr de son triomphe absolu.

Mais c’était sans compter sur les hommes des montagnes du Nevertguïkhana. Une prodigieuse razzia de Guerriers de l’Empereur et d’hommes venus de tout l’est et de la chaîne montagneuse, dévastèrent systématiquement toutes les terres de l’Hégémonie, allant jusqu’à s’introduire au nord des Plaines d’Eteocle, coupant tout ravitaillement. Ce n’était pas un siège fixe d’armées face à face, mais de la guerre de mouvement, tenue par des hordes mobiles de cavaliers-archers et de monteurs de griffons, soutenus par des fantassins montagnards adeptes du pillage et les harcèlements et des mercenaires dragensmanns et svatnaz.Le tout appuyé par une flotte de navire lévitant fournie par la Guilde des Marchands, et donc, en première cause, Armanth elle-même, chargé du blocus maritime, et des raids côtiers. L’ensemble formait une vaste masse sans aucun front, et sans commandement clair. Le chaos pour des légions disciplinés et habituées au champ de bataille que sont les Ordinatorii.

Cependant, les armées diminuées de l’Empereur de l’Hemlaris ne purent soutenir longtemps leur incroyable razzia étendue sur des milliers de miles et sur trois fronts à la fois. Elles cessèrent leur contre-attaque quand, à bout de souffle, il n’y eu plus rien ni à dévaster, ni à piller pour assurer leur subsistance Elles firent alors retraite, en même tant que leurs alliés et mercenaires, qu’elles avaient du payer un trésor. On évoque que la Guilde des Marchands en profita amplement en matières de contrats et d’accord commerciaux, arrachés pratiquement au chantage.

Mais l’audacieuse manœuvre avait réussi : toutes les légions d’Anqiménès étaient divisées, exténuées et séparées. Celles qui voulurent poursuivre la masse grouillante des armées de l’Hemlaris en retraite dans les montagnes payèrent un très lourd tribut. Les autres finirent par devoir se retirer pour rester en protection de l’Hégémonie.

Cymiad, intenable, fut abandonnée par la Croisade et repris sans mal par les Guerriers de l’Empereur. S’installa alors une guerre de frontières qui n’a jamais vraiment cessé. Châteaux, forteresses et légions se font face, dans de constantes escarmouches sanglantes et des tentatives d’intrusions, qui toutes se soldent peu ou prou par un statut-quo, qui dure depuis un siècle.

Malgré tout, Cymiad s’oppose à un adversaire dont les ressources humaines et matérielles paraissent un peu sans limites. Une sorte de trêve incertaine émaillée d’assauts des deux cotés s’est installée. Cette trêve houleuse est pour beaucoup influencée par les éléments de l’Eglise du Concile de l’Hemlaris. L’Eglise a fini par admettre l’hérésie impériale, pour, on dira, le bien du plus grand nombre. Mais ainsi, conserve-t-elle une autorité de poids sur l’Empire.

A l’heure actuelle, le dernier empereur en date de l’Hemlaris est une Impératrice. Ce que l’Eglise supporte très mal. En plus de l’injure aux Dogmes du Concile que représente une femme dirigeant et parlant au nom du mandat céleste et donc au nom du Concile, il y verrait bien là l’occasion de remettre une couche de Croisade, pour poser sur le Trône de Rubis un de ses pions.

Mais il y a un gros problème : l’ensemble des légions des Ordinatorii de l’Eglise de Cymiad a juré fidélité et allégeance à l’impératrice et son fils de 11 ans, le futur détenteur du mandat divin. L’Eglise l’a immédiatement déclaré hérétique, lui et sa mère. Et déjà, à Anqiménès, grondent des rumeurs d’une prochaine croisade sur l’Empire. Mais là, l’Eglise et l’Hégomonie auraient non seulement à faire aux Guerriers de l’Empereur, mais en plus à des légions formées à leurs propres techniques, équipés avec la même modernité militaire que l’Hégémonie. Et surtout, l’Hemlaris pourrait rallier avec ses ordinatorii d’autres légions de cités-états amis, et créer un schisme religieux définitif.

8- Armanth (850-982 AC)

 Revenons encore en arrière, vers 500 AC, pour reparler des pacifications et croisades de l’Hégémonie, dans les Plaines d’Eteocle. Du nord au sud, Anqiménès a consolidé solidement son autorité sur les plaines et les vallées fertiles de cette région, la plus riche et la plus agricole de toutes les Mers de la Séparation. Les cités du nord des Plaines sont toutes sous sa tutelle ; ce sont des cités-vassales, dont l’autonomie ne fait pas vraiment illusion.

La capitale des Plaines, Nashera, est-elle sous l’influence indirecte de l’Hégémonie, conservant comme elle peut une autonomie de principe et une indépendance chèrement acquise. Mais celle-ci dépend de l’influence de l’Eglise du Concile, très puissante. Et l’Eglise bien sûr appuie les décisions de l’Hégémonie, et vice-versa.

Comme nous en avons parlé, dès 350 AC, des populations persécutés tentaient de fuir toujours plus vers le sud, d’abord vers les territoires jemmaï, et le Rift, puis vers l’Athémaïs et les Franges.

Et c’est là, de l’autre coté de la mer, que se réfugièrent les populations les plus martyrisées des Plaines.

Vers 460 AC, un petit groupe de réfugiés s’installait sur la lagune marécageuse d’un fleuve turbulent, l’Argas. Là où personne ne voulait s’installer, ils fondèrent un petit port ; d’abord de pêche, puis de commerce local, surtout de bois flotté. C’est ainsi que naquit Armanth.

La Guilde des Marchands, quand à elle originaire de Terancha, cherchait une ville où s’établir loin des conflits qui s’enlisaient entre les clans des mers de Terancha, et Allenys et ses Cités Unis. Et bien sûr, de préférence au plus loin de l’Hégémonie et de ses guerres pas si bonnes pour le commerce que cela. Armanth grandissait au gré des réfugiés fuyant le nord et l’inquisition du Concile, et les terribles guerres frappant les Plaines d’Eteocle.

La Guilde des Marchands vint donc y investir, d’abord modestement, avec quelques comptoirs. C’est à cette période que la Guilde utilisa son réseau de caravanes et de routes maritimes pour concentrer sur Armanth ses activités de négoce d’esclaves, offrant des conditions avantageuses à ce commerce particulièrement chapeauté et taxé par l’Eglise, qui partout ailleurs gardait la main sur cette manne, la considérant sienne de droit. Et qu’Armanth lui arracha donc, pour en devenir la plaque tournante actuelle.

A partir de 650 AC, Armanth était la principale destination d’une immigration d’abord forcée par les déplacements de populations persécutées, puis l’esclavagisme, avant de devenir le havre des intellectuels, des savants et des libres-penseurs, des femmes fuyant les lois du Concile.

Cela ne se fit pas sans mal. Armanth fut plusieurs fois assaillie par ses voisins athémaïs qui ne voyaient pas d’un bon œil ces envahisseurs. Elle fut même pillée plusieurs fois, avant que l’Athémaïs ne finisse par la considérer comme une de « leurs » cités-états, qui lui apportait une richesse bienvenue. Dès lors, la consécration d’Armanth comme capitale commerciale des Mers de la Séparation, devint une évidence.

Malgré ses déboires, rien ne freina donc la croissance d’Armanth, qui via le commerce et la Guilde des Marchands, étendit son influence dans tout le sud des Mers de la Séparation. Y compris en louant, à des prix exorbitants, ses flottes de navire à l’Empire de l’Hemlaris dans leur contre-offensive contre l’Hégémonie, en s’offrant une part de gâteau commercial plus que juteuse.

Depuis presque un siècle, Armanth rivalise en taille, en richesse et en population avec Anqimenès.

L’Eglise lança d’ailleurs une Croisade, la seule qu’elle tenta, il y a 25 ans, sur Armanth. Histoire de tenter d’en faire oublier une autre, désastreuse, autour des frontières du lac de Nashera. Mal préparée, lancée hâtivement pour effacer son précédent échec, la croisade fit grande bruit pour rien. Pas un navire de l’Eglise ne toucha les côtes de l’Athémaïs. La Guilde des Marchands avait tout bonnement payé rubis sur l’ongle jusqu’au dernier pirate des archipels de Terancha à Allenys, et même quelques corsaires venus de l’Hemlaris, pour intercepter, et harceler toute l’armada lancée contre elle. Les rares Ordinatorii qui survécurent furent tous rachetés par la Guilde, et renvoyés, fers aux pieds, à l’Hégémonie. Mais après cinq ans de travaux forcés dans les chantiers d’Armanth. Oui, cela veut dire que pas mal ne revinrent jamais. Seuls quelques dignitaires et prêtres renommés furent rendus immédiatement.

Armanth n’exigea aucune rançon. Et l’Eglise, vaincue, dut admettre une neutralité de fait, que la Guilde des Marchands accepta bien entendu !

Il est évident que ce pacte ne plait pas trop à Anqiménès, mais pour l’Hégémonie, Armanth, c’est loin. Juste un concurrent commercial qui lui fait de l’ombre, et avec qui elle négocie malgré tout, un peu contrainte par la nécessité. Elle a d’autres chats à fouetter…. comme l’Hemlaris, par exemple.

Par contre, pour l’Eglise, c’est la pire de toutes les hérésies de Loss. Et elle n’a quasi aucune influence dessus. Armanth ne reconnait pas la souveraineté de l’autorité de l’Eglise, qui n’a que le droit de siéger au Conseil des Pairs comme instance représentative. L’Eglise ne peut ni voter, ni proposer une loi, et si elle a un droit de veto, celui-ci ne pèse rien, puisque le Legio et le Conseil des Pairs ont droit de veto aux décisions collégiales, eux aussi. Il y en a toujours un des deux pour annuler le veto de l’Eglise.

La seule autre forme de pression du Concile est envers les voisins et les partenaires commerciaux d’Armanth. En plus de sa mainmise sur les Plaine d’Etéocle, l’Eglise a du poids un peu partout, même dans les archipels. Les athémais des Franges ont une crainte religieuse de l’Eglise et de son pouvoir, mais leurs superstitions anciennes et leur pléthore d’esprits, de démons, et de sorciers, rends malaisée une conversion efficace. Il y a bien une légion d’Ordinatorii à Ashmaet, à l’ouest d’Armanth, mais elle n’est forte que de quatre mille hommes, et mal équipée. L’Eglise peut un peu plus compter avec l’Hemlaris, qui regarde d’un œil méfiant la liberté intellectuelle et de mœurs d’Armanth – les citoyens de l’empereur sont notoirement xénophobes, traditionnalistes, et leur civilisation pratiquement aussi sexiste que celle de l’Hégémonie. L’Empire se méfie fortement de la Guilde des Marchands, qui l’a un peu roulée, quand même.

Mais lentement, Armanth, devenue capitale de l’Athémaïs depuis un siècle, peut prétendre l’être de l’ensemble des Franges, et son influence de plus en plus pesante s’étend par le biais du commerce et de l’innovation sur tout le sud des Mers de la Séparation. Même si Armanth a une armée désorganisée et faiblarde, sa flotte « commerciale » rivalise sans aucun mal avec celle d’Anqiménès, et est au moins aussi bien armée. Si elle n’est pas devenue l’ennemi mortel de l’Hégémonie, c’est parce qu’elle est très loin au sud et qu’elle n’a jamais montré de visées réellement expansionnistes. Mais ça ne durera pas.

 

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5 pensées sur “Histoire de Loss, partie 2

  • 15/08/2014 à 1:23
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    Je vais devoir tout relire, et corriger, j’ai laissé un nombre effrayant de coquilles dans le texte, j’en suis un peu désolée, pour le coup.

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  • 15/08/2014 à 1:26
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    Une histoire bien tourmentée et sauvage à souhait ! Ce monde se tient vraiment, Axelle, bravo ! Bises !

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    • 15/08/2014 à 1:33
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      Merci beaucoup ! On voit aussi un peu la situation géo-politique de Loss, qui va être au fur à mesure un des thèmes du roman.
      Mais par contre, que de fautes j’ai laissé ! je me fais honte.

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  • 15/08/2014 à 2:34
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    Article corrigé, ça devrait moins piquer les n’yeux.

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    • 15/08/2014 à 3:09
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      Quand on est ébloui par l’histoire, on ne voit plus les fautes… Je n’ai pas eu les yeux piqués, mais brûlés ! Rires… Bises !

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